vendredi 20 mai 2016

Borsalino ou Fedora ? Une histoire de chapeau

En surfant sur des sites internet féministes je suis tombée sur une campagne "Fedora" sur le site Vegan Feminist Network et ça m'a donné envie de creuser. L'article renvoie vers le wiki d'un site de geek féminism où l'histoire est racontée en anglais. Je n'ai plus eu qu'à chercher. J'ai d'ailleurs eu beaucoup de mal à trouver des images, vu l'état d'oubli où notre herstoire est reléguée.


Le feutre mou, chapeau feutre, donc, avec gros grain contrasté en bas de coiffe, bord large, pourvu de trois creux, un sur le dessus et deux sur l'avant (*), appelé aussi Borsalino, marque déposée du fabricant italien dont le nom a phagocité le produit, est à l'origine appelé Fedora : j'ai visité une boutique de chapelier pour ma documentation, celui-ci m'a tout à fait confirmé ce nom générique. Mais il faut être un professionnel du chapeau pour le savoir. Voici l'histoire du Fedora : comment un chapeau d'homme peut-il porter un prénom de femme ? C'est encore une histoire d'effacement des femmes.

Pour tout le monde le feutre est l'emblème de la coiffure masculine : selon les montages photos ci-dessous le feutre (classy as fuck, hyper-classe) se porte impérativement avec le costume, comme le font Sinatra, James Stewart, Cary Grant et Humphrey Bogart, ces icônes par excellence de l'élégance masculine ! A moins que vous ne soyez Indiana Jones, puisque qu'on sait désormais que toute règle a ses exceptions ! Il garde aussi sa superbe porté par l'aventurier suant en débardeur et jean. Faites gaffe quand même à la faute de goût, tout le monde n'est pas gaulé, ni photographié et cadré, comme Harrison Ford !






Mais puisque je vous sent bouillir d'impatience, voici son origine, version HERstory, la bonne version :
En 1882, Victorien Sardou auteur de pièces de Théâtre propose une pièce de star à Sarah Bernhardt. Une pièce de star est comme un film de star (La Reine Christine pour Greta Garbo, typiquement) : une pièce écrite exprès, rien que pour la talentueuse Sarah Bernhardt ! La pièce, espèce de drame policier, s'appellera Fedora, elle sera même adaptée en 1898 en un opéra en trois actes. Pour le rôle, la très prescriptrice Sarah Bernhardt se coiffe d'un feutre mou qui fera fureur, et lui sera piqué par les élégantes de l'époque qui toutes veulent leur "Fédora"! L'histoire aurait pu s'arrêter là, et le chapeau disparaître comme plein d'accessoires de mode ont disparu, sauf que les suffragistes, ces féministes qui revendiquent l'égalité des droits civiques avec les hommes, vont adopter le fédora comme signe de ralliement. Toutes les féministes en fédoras !


Après, on a un blanc radio et image : ce qui a dû se passer à mon avis, c'est qu'un mec, Oscar Wilde (écrivain irlandais au moins aussi prescripteur que Sarah Bernhardt) qui me paraît être le principal suspect dans cette sombre affaire, a dû adopter le chapeau. Figurez-vous qu'on ne trouve plus sur Google une seule image de Sarah Bernhardt coiffée de son feutre fédora, en revanche Google vous ramène Oscar Wilde qu'on confondrait presque avec elle, tellement tous deux avaient un physique d'ange androgyne.

Ce chapeau ne garde plus de son origine que son nom, "fédora", pour prouver qu'il est un chapeau de femme, il n'y a d'ailleurs plus que les chapeliers pour s'en souvenir. Eh oui, les mauvais garçons en Borsalino, vous portez un chapeau de gonzesses ! Le génie primaire des hommes, c'est celui-ci : usurper les inventions des femmes. Je pense sérieusement que les femmes ont inventé tout ce qui est utile à l'humanité : la médecine et la pharmacie, les rites funéraires, les mathématiques et les statistiques, la sédentarisation donc les villes, l'agriculture (hors  élevage, cette domestication / exploitation des animaux par des bédouins nomades), les variétés cultivées de blé et des autres céréales, et le pain. Les hommes, trouvant que c'était bien, se sont emparés de ces découvertes, les ont industrialisées puis, au fil du temps, se les sont attribuées, effaçant les femmes à l'origine de l'invention. L'effacement des femmes de l'HIStoire, cette plaie affectant l'humanité, illustré par le fédora, le sujet n'est pas anodin, d'autant qu'il était devenu un symbole féministe. Peut-être leur fallait-il spolier de ce chapeau en l'adoptant pour eux, les féministes honnies ? Opération réussie, en tous cas.

Je n'ai pas encore trouvé mon fédora mais je vais le chercher. Il sera gris ou marron ou de couleur plus vive, il sera en laine bouillie (feutre) sans poils de lapins pour l'imperméabiliser (!). Dans tous les cas, on ne le porte pas sous une pluie battante ! Selon le chapelier que j'ai consulté, il se porte droit, un centimètre au-dessus des oreilles, et ses trois creux doivent être visibles, autrement, c'est signe qu'il est trop grand. (*) Enfin, ne pas le confondre avec le Trilby, qui est au fédora ce que le chien est au loup, selon les puristes.

2 commentaires:

  1. Très intéressant.Encore une preuve que le patriarcat n'est que plagiat et inversions.
    Par rapport à l'invention des mathématiques par les femmes, voici un extrait de texte qui va dans ce sens:
    "Language is part of the evidence for this connection of women, mathematics, and astronomy. The aryan root word "mater", for example, means both mother and measurement. We see it in such English words as maternal, matron, matrix, metric, and material. In Chaldea astrologers were called "mathematici" or "learned mothers". Many of these terms begin with the syllable "ma" which seems to be a worldwide root for words meaning "mother"."
    C'est un extrait du livre "Power of the Witch" de Laurie Cabot.
    Merci pour votre blog, j'y ai appris pleins de choses :)

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    1. Sachant en plus que witch (sorcière) réfère, en anglais, au mot wit, (witty, wittiness) qui veut dire esprit, intelligence, tête.
      Merci de votre commentaire.

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