mardi 30 août 2011

L'avenir est une invention du présent




























Ma bibliothèque municipale ferme trois semaines en été et permet à ses abonnées de prendre 8 livres pour deux mois, de quoi lire en vacances. J'ai donc fait le plein de polars, romans classiques et nouveautés disponibles. Et puis, juste avant de partir en passant, traînant sur un meuble, rangé de travers, un livre : je lis la quatrième de couv' et comme il s'agit de SF (Science-Fiction) genre que j'aime bien, je le mets sur la pile ! C'est le meilleur de tous les livres que j'ai lus cet été, voire cette année, écrit en 1997 et publié en 2007 en français ! Passés les deux premiers chapitres (épistolaires), pendant lesquels on se demande où l'auteur veut en venir, j'ai été bien accrochée par cette histoire de voyage d'un archéologue dans le futur, à bord d'une version améliorée par une femme ingénieure de la Machine à explorer le temps de HG Wells ! En 2500 exactement, le héros, archéologue de métier -habitué aux momies desséchées d'Egypte, va fouiller dans les tourbes anglaises et écossaises de notre futur à la recherche de l'humanité. Ou de ce qu'il en reste.On apprend que la conservation est aussi bonne dans l'un comme l'autre milieu, humide (tourbes) ou sec (sable) !

Voyage à pied / trekking à travers le Royaume-Uni en suivant l'autoroute A1 recouverte d'un étrange gazon mutant, de Londres aux monts d’Écosse, muni de quelques instruments de fouille, d'un lecteur de DVD et CD, d'un chargeur solaire de piles, et du roman expérimental de Virginia Woolf, Les Vagues, qu'il se promet d'essayer de lire pour la 4ème fois, les trois précédentes ayant échoué, rencontrant pendant son périple une ronronnante puma noire -les pumas ronronnent réellement- avec laquelle il va nouer une amitié bouleversante et faire un bout de chemin (elle chasse, lui pêche, ils partagent), évitant les feux et fumées qui signalent sa présence aux éventuels humains, la rencontre avec nos successeurs va se faire dans les monts du Nord de l’Écosse, dans la région des lochs.

Voyage à travers le temps et l'espace en Angleterre, voyage à travers la littérature aussi : Shakespeare (il y a un Macbeth et une Lady Macbeth), hommage aux poètes et aux philosophes, les citations sont nombreuses. HG Wells évidemment, Tennyson, Oscar Wilde, Yeats, Thomas Hardy, Unamuno, Rainer Maria Rilke et Jacques Derrida.... pour en citer quelques-uns. Le premier niveau de lecture est parfait pour celleux qui auraient peur de passer au travers des citations, quand on n'a pas lu la totalité de ces auteurs, comme c'est mon cas, il n'empêche que tout le monde peut apprécier ce bel objet littéraire. Ronald Wright, l'auteur, est aussi archéologue de formation.

Voici quatre citations en guise de prospective :

"Les civilisations ont toujours eu un schéma pyramidal. La civilisation, c'est le petit nombre qui fait la loi sur le grand nombre. Être civilisé, c'est vivre au-dessus de ses moyens. L'astuce, c'est d'obtenir, de gré ou de force, des prêts de la nature ou du voisin".

Évoquant les poissons qu'il pêche pour subsister :
« Du poisson comme on le trouve partout aujourd'hui : mince et juvénile, comme les petites putes du Tiers Monde. Tu te souviens ? Apprends à un homme à pêcher, et tu le nourriras pour la vie. C'est raté : il a pêché tous les poissons, son océan est mort et sa fille de douze ans taille des pipes à Bombay pour nourrir la famille".  Une transposition de notre réalité actuelle due à notre inconscience et à notre goinfrerie de pays riches.

"Quelle était la masse critique pour un monde comme le nôtre ? Si les Temps modernes ont commencé lorsque la somme des connaissances, en Occident, est devenue trop importante pour qu'un seul individu les maîtrise -ce qui correspond à la naissance du spécialiste- , alors les Temps postmodernes au sens strict, ont commencé avec la mort des spécialistes".

"Combien de politiciens étaient prêts à dire au monde que quatre milliards d'individus, ou six milliards, ou dix, ne pourraient jamais bénéficier du rêve californien ? S'ils l'avaient été, combien de ces individus auraient voté pour eux ? Je sais une chose en tous cas : lorsque le monde a accepté de voir l'iceberg, il était bien trop tard pour que Léviathan change de cap. Mais le beau navire a-t-il jamais eu de gouvernail ?"

Chronique des jours à venir - Ronald Wright - Actes Sud.
Mes liens ne sont bien sûr pas sponsorisés.

6 commentaires:

  1. J'adore la citation sur la civilisation, et surtout sa seconde phrase. Je ne suis pas friande des livres de SF (mais des films, oui), mais celui-ci me tente, il a l'air tellement actuel ^^. Je suis tellement tentée que j'ai une pile de bouquins en retard qui monte jusqu'à mes genoux :).

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  2. @ Angèle : elle est vraie, cette définition des civilisations qu'on devrait peut-être appeler de préférence cultures humaines, ce serait moins pompeux ; effectivement, ce roman de SF met en perspective nos angoisses actuelles, mais je ne veux pas en dire plus pour ne pas risquer de dévoiler le suspense qui est réel.

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  3. Si je n'étais pas moi-même en train de faire un voyage dans l'espace-temps qui me prends pas mal de temps (et d'espace : il y a des piles de papier partout chez moi) je le lirais immédiatement. Tu en fais une présentation passionnante. Et puis j'aime bien la SF, la bonne !

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  4. Très drôle, Euterpe ! C'est vrai que toi tu arriverais du 16ème siècle, soit de presque mille ans, pour atteindre 2500 !
    Mon livre marquant de l'été dernier était "Un rêve américain" de Norman Mailer : un type tue sa femme parce qu'il n'arrive pas à la dominer :(((
    Aussi, celui-ci était pro-féministe en comparaison...

    Merci @AnnHell ma 15ème membre.

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  5. Excusez-moi Hypathie, je ne sais pas pourquoi j'ai écrit cela. Je suis surmenée en ce moment. Je n'écris que des commentaires décalés. Mais quand je lis une présentation de livre alléchante et que je sais que je n'ai pas le temps de lire ce livre en ce moment, ca me frustre.

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  6. Je ne comprends pas, ma réponse n'était pas 2d degré du tout : j'ai trouvé réellement très drôle ton jeu de mot décalé sur l'espace (envahi) et le manque de temps... En plus il faut signaler que ce livre n'est pas en édition de poche, il est cher aussi il vaut mieux consulter sa bibliothèque si on veut le lire. Et puis, on peut aussi laisser un livre venir à soi, au bon moment.

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