dimanche 19 février 2017

Steak Machine : souffrance animale, souffrance sociale



Abattoirs, boîtes noires :
" Les barons de l'élevage industriel savent que leur modèle d'activité repose sur l'impossibilité par les consommateurs de voir (ou d'apprendre) ce qu'ils font. " Jonathan Safran Foer - Faut-il manger les animaux ? 2011

" Il est plus facile de rentrer dans un sous-marin nucléaire que dans un abattoir " - " Les abattoirs sont des lieux totalement clos et cachés. Pour les trouver physiquement, il n'y a jamais de pancarte, même le GPS ne trouve pas... " - Olivier Falorni - Député de Charente Maritime, Président de la Commission d'enquête sur les conditions d'abattage - 2016

" L'occultation totale du sort réservé aux animaux est le pilier de la consommation  de masse de viande "Paul Bigard, patron de Bigard Charal, premier groupe français, 4,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Sur une suggestion de son éditrice, Geoffrey Le Guilcher, journaliste,  change d'apparence, de prénom, se bidouille un nouveau CV plus conforme à la sociologie des abattoirs, et l'envoie à une société d'intérim de Bretagne "région-abattoir" : une quarantaine pour 4 départements, sur les 183 abattoirs que compte le territoire français.
Évidemment, trois semaines plus tard, sur ces métiers en tension qui peinent à embaucher et fidéliser des salariés, il est engagé pour trois semaines, à l'essai, au parage dégraissage dans une nacelle qui le porte au niveau des carcasses de vaches qui arrivent saignées de la tuerie.

Pratiques de la profession : minimum 15 mois à deux ans en intérim avant (s'ils tiennent !) le mythique CDI, graal du travail posté industriel. Soit environ deux ans à 2 ans et demi sans prendre de congés, alors que les abattoirs sont des hachoirs à viande aussi bien animale qu'humaine. A petits chefs qui parlent mal à leurs salariés, allez comprendre quelque chose à cet "univers viril de taiseux" ! Pressions au rendement, cadences infernales : ne tiennent que les plus solides qui vieilliront prématurément, puis seront jetés au rebut, sans reconnaissance de "maladie professionnelle", l'homologation pénalisant le coût du travail et les caisses de protection sociale. " Les abattoirs, comme n'importe quel employeur payent des cotisations en fonction de leur sinistralité... ils ont intérêt à contester l'origine professionnelle d'une maladie ". Alors que le fordisme (chaîne d'assemblage, travail en miettes) s'inspirait directement des chaînes de désassemblage des abattoirs de Chicago à la fin du XIXème siècle, et que le fordisme a intégré des robots sur ses postes les plus éprouvants pour ses ouvriers, " les abattoirs eux n'ont pas réussi la mutation. [...] Chaque animal étant différent, l'humain dominera encore longtemps le sujet avec son couteau". Seule piste envisageable pour le moment, la recherche sur les exosquelettes. En attendant, les ouvriers d'abattoirs se démolissent sûrement les cervicales et lombaires, les phalanges et les épaules. Ils tiennent en prenant des substances psychotropes -hachich, LSD, alcool... Sans parler de la casse morale et psychique : " On a auditionné des gens qui faisaient des cauchemars la nuit et voyaient des êtres humains pendus à des crochets. " témoigne Olivier Falorni, président de la Commission d'enquête de 2016 sur les conditions d'abattage.

" De toutes façons, soyons lucides, qui se soucie des damnés de la viande ? "

Cadences infernales et saisonnalité de la viande :

Alors que les trois quarts de la viande sont achetés via la grande distribution, sa consommation fait des pics saisonniers aux fêtes religieuses (Noël, Pâques, Ascension, Aïd,... occasions incontournables de faire couler le sang des animaux), aux rentrées scolaires (redémarrage des cantines, achats en gros des collectivités) et à la rentrée tout court, pour les ménages qui ont vidé leur congélateur en juillet au départ en vacances pour le remplir fin août, à coups de promotions "deux gigots pour le prix d'un" de la grande distribution, qui profite de l'occasion. Évidemment, cela se traduit à l'abattoir par des coups de feu, heures supplémentaires et extension de plages horaires sur des ouvriers déjà épuisés, qui rattrapent les jours fériés non travaillés en heures supplémentaires.

Comment dans ces conditions parler de "bien-être animal" dans un abattoir ? 

Depuis que les activistes et whistleblowers de L214 (la photo de Sébastien Arsac de L214 est accrochée aux fléchettes dans les bureaux de tous les directeurs d'abattoirs de France, selon Le Guilcher) publient des vidéos accablantes d'animaux mal étourdis et mal tués, des vaches et des veaux pendus par la patte arrière "qui font l'hélicoptère" au dessus des bacs à sang et à viscères, la tuerie de l'abattoir breton de Le Guilcher a été invisibilisée derrière un mur aux visiteurs occasionnels, aux personnels n'appartenant pas à la tuerie stricto sensu, et aux éventuels journalistes ou témoins, munis d'une camera dissimulée, devenus la terreur de tous ces industriels. Il va se soi que parler de "bien-être animal" à l'abattoir est un sinistre fumisterie incompatible avec des cadences infernales, la course au profit et la réduction de coûts, de la poudre aux yeux pour ministres, ONG welfaristes réformistes, et clients consommateurs cherchant à calmer leur (mauvaise) conscience. Dans chaque abattoir, il y a bien une formation "bien-être animal" de 7 heures, et un "responsable de la Protection Animale" -RPA- MAIS ce sont les cadres responsables de la cadence qui portent le badge RPA ! Tout ceci démontre que nous avons affaire à des cyniques qui ne veulent en aucun cas de la transparence qui tuerait leur industrie : c'est impossible de mettre à mort facilement un animal jeune et en bonne santé, qui a la vie chevillée au corps, en une minute temps requis, étourdissement et égorgement-saignée incluses, sous peine d'arrêter la chaîne ! Ni l'amendement de leurs pratiques maltraitantes.
Le pouvoir, ce ne sont pas les directeurs d'abattoirs qui le détiennent, ni à fortiori les prolétaires qui les servent, c'est bel et bien le consommateur : vous arrêtez d'acheter, ils arrêtent de tuer !


Le livre de Geoffrey Le Guilcher raconte une plongée dans un des infernaux hachoirs industriels qui broient en France un milliard de volailles par an, 3 millions de bovins, porcs, moutons, volailles... par jour, et plus de 50 000 ouvriers qui s'y abîment la santé. Le style en est alerte, drôle parfois, humain toujours ; l'auteur finira par déjouer la surveillance et traverser le mur infranchissable de la tuerie pendant quelques minutes. Avant de quitter en fin de mission l'abattoir, où resteront derrière lui les maliens, les tunisiens, les roumains qui tentent leur chance hors de leurs pays frappés de misère, et les sous-prolétaires bretons des élevages hors-sol et de l'industrie du bâtiment au chômage. Clairement, l'option abattoir n'est pas une vocation professionnelle. Après son immersion dans la broyeuse Machine à steaks, Geoffrey Le Guilcher se déclare désormais "flexitarien" : végétarien chez lui, omnivore en société. Allez, encore un effort...

" L'abattoir est le dinosaure qui a permis la naissance de l'ère de la consommation de masse. Un vieil animal toujours bien vivant. "

Les phrases en caractères gras et rouge sont des citations de Steak Machine.

vendredi 10 février 2017

Who cooked Adam Smith's dinner ? Qui cuisinait le dîner d'Adam Smith ?

Ce livre d'économie écrit par Katrine Marçal, journaliste suédoise, que j'ai lu en anglais car il n'est pas traduit, m'a été suggéré par un de mes abonnés canadiens dans une conversation Twitter sur l'économie et les femmes. Je l'en remercie. En plus d'être un pamphlet contre l'économie au masculin, c'est un bon manuel rappelant l'HIStoire économique, ses principes et ses auteurs.


La main invisible du marché

A la serpe, la théorie économique d'Adam Smith, père de l'économie, est la suivante : les agents économiques (vous, moi, votre boucher..) sont des entités mues par leurs propres intérêts et égoïsmes. Votre boucher ne vous vend pas sa viande (c'est le malheureux exemple utilisé) par altruisme et goût pour son prochain, mais par self-interest, il en fait son profit, ce qui lui permet de vivre. La sphère économique est une constellation d'agents atomisés, dominés par leur égoïsme, qui tous mis ensemble forment un ensemble cohérent qui se régule lui-même en convergeant vers l'intérêt de tous, cela s'appelle "la main invisible du marché". Une somme d'intérêts individuels parfaitement divergents aboutissent à une cohérence générale qui profite à tous. L'agent économique de base, toujours selon Adam Smith, serait parfaitement rationnel, il n'a pas d'affect, pas d'histoire, pas de liens, il serait mû, dans un vide affectif et émotionnel, par la gagne et la satisfaction de ses besoins immédiats.

Les économistes tous mâles qui succéderont à Adam Smith, entérineront cette théorie (on devrait écrire croyance, car la "main invisible du marché" rappelle furieusement Dieu) en l'enrichissant de leurs propres remarques et commentaires : Bernard de Mandeville, Jean-Baptiste Say, Friedrich Hayek, Gary Becker, Karl Marx, même Keynes, puis Milton Friedman et l'Ecole de Chicago, aucun ne remettra en cause le dogme. Tous qui ont pourtant des épouses (sauf Keynes qui était homosexuel, mais il avait une mère) sont frappés de cécité sur les contributions des femmes à l'économie et à leur confort : affection, soins, élevage, éducation, sollicitude, bien-être. Les femmes et leur travail* sont et demeurent les invisibles de la sphère économique. Il y a bien Marilyn Waring, seule femme économiste citée, qui publiera dans les années 80 un travail sur les dépenses publiques alors qu'elle est députée à la Chambre de Nouvelle-Zélande, thèse où elle démontre que les femmes ne comptent pas. Seul comptent dans les PIB (Produits Intérieurs Bruts) les emplois masculins marchands, destructeurs et pillant sans contrepartie les ressources naturelles, préparant la guerre (industries de l'armement), faisant la guerre, puis réparant les dommages de guerre. La destruction crée de la croissance et du profit. Dans le brouhaha général et la pensée (masculine) unique, son œuvre est toujours ignorée et passée sous silence par les pontifes et prélats de l'économie qui, rappelons-le tout de même, n'est pas une science exacte.

Pourtant on sait, comme de nombreuses études universitaires de psychologues l'ont démontré au siècle dernier, que ce n'est pas l'égoïsme qui meut notre espèce -comme chez tous les mammifères et pas mal d'autres animaux : c'est l'altruisme et la coopération. Pas de chance on est tombés sur des économistes autistes et égotiques. Mais il y a pire.

"Les hommes jouent, et le jeu suprême, c'est la guerre" - Pierre Bourdieu

Théorie des jeux et comportements économiques - John Von Neumann

" Entre deux joueurs rationnels, il n'y a rien de mieux pour chacun que de choisir une stratégie optimale et de s'y tenir " selon la Théorie des jeux à somme nulle du mathématicien John Von Neumann, utilisée pour modéliser les comportements économiques. C'est ici qu'il faut souligner que John Von Neumann a participé au Manhattan Project qui a mis au point la bombe A et l'a expérimentée in vivo en 1945 : Little Boy** le 6 août 1945 sur Hiroshima, puis Fat Man** trois jours plus tard sur Nagazaki, le 9 août 1945. La théorie des jeux de Von Neumann fut utilisée pour tirer au sort les villes japonaises où il était le plus "stratégique" de frapper, Tokyo étant le premier choix des militaires US. " Kurt ( Gödel) m'avait expliqué qu'ils y démontraient qu'une description des phénomènes sociaux ou économiques peut être donnée par des jeux de stratégie appropriés comme le Kriegspiel. A son grand regret, toute cette matière grise était consacrée une fois encore, à un sujet militaire " In La déesse des petites victoires - Yannick Grannec -Anne Carrière Édition, contant sous forme de roman la vie de la femme de Kurt Gödel, logicien, pur génie des mathématiques, neurasthénique, paranoïaque et anorexique, il ne mangeait que quand sa femme avait goûté tous ses plats et ça se corsait quand il prétendait qu'elle aussi voulait l'empoisonner ; à sa mort en 1978, il pesait 30 kg ! Madame Gödel, totalement effacée de l'histoire, était pourtant la seule à rattacher à la vie terrestre ce pur esprit perdu dans ses conjectures mathématiques et théorèmes d'incomplétude. Je digresse à peine, le roman est l'histoire d'une femme effacée, sur fond de grande HIStoire.

" John Von Neumann meurt en 1957. En plus de son implication dans Hiroshima, il nous a légué les développements de l'informatique moderne, avec aussi la suggestion moins fructueuse de peindre les calottes polaires en noir pour que l'Islande ait le même climat que Hawaï. (!) Sa théorie des jeux devint le fondement de la finance moderne. Docteur Folamour s'en alla travailler à Wall Street ".

Conséquences pour les femmes - Leur travail : une inépuisable ressource naturelle

" Women's work is a natural resource that we don't think we need to account for. Because we assume it will always be there. It's considered an invisible, indelible infrastructure."
" Without importance for the whole, and actually it wasn't an economy at all but an inexhaustible natural resource ".

Les conséquences concrètes de cet effacement des femmes comme agents économiques et de leur exclusion des moyens de production -sauf quand elles font supplétives du travail masculin dans le secteur marchand, généralement à moins 20 % de salaire à responsabilités égales, différentiel basé sur la croyance issue du XIXème siècle qu'elles n'ont pas la force physique donc pas la même productivité que les hommes, c'est la pauvreté plus ou moins grave où elle végètent. Rôdant dans les parages des banquets des mecs, après avoir fait les courses, la cuisine et la vaisselle, elles doivent se contenter des miettes qui tombent de la table. A la retraite, par exemple : le montant de leurs pensions trahissent l'effacement de leurs contributions (soins aux plus faibles et dépendants, -vieux et enfants-, reproduction, affection, entretien...) à l'économie. Évidemment, tout cela sert un propos : fournir en désespérées un pool de prostituées rendant des services sexuels payants aux mâles à "pulsions et besoins irrépressibles" selon eux. D'ailleurs le développement radical de la théorie d'Adam Smith aboutit à l'économie informelle : mon outil de travail c'est moi et mon corps, j'en suis l'auto-entrepreneure, et en gérant bien mon "capital humain", je dois pouvoir m'en sortir. Nous serions tous égaux devant le dieu Marché et There is no alternative.

Finance casino - Les autres conséquences économiques sont les bulles spéculatives (tant que je gagne je joue ! pense le parasite de casino), les cracks boursiers et les milliards de dollars qui s'évanouissent dans la stratosphère supposément, suivis de quelques suicides de banquiers et traders mâles (franchement, tant mieux,des parasites en moins) et d'encore moins de mises en examen et de procès, comme en 2008 -crise du crédit- et en 2010 -crise des liquidités financières. En moyenne, une bulle spéculative crève tous les 2 ou 3 ans. Prochaines à venir : une anecdotique, les footeux, ces autres parasites poussifs dopés aux anabolisants payés des milliards pour courir derrière un ballon ! Et plus grave, la faim, les traders mâles pariant sur les marchés à terme en jouant avec les céréales qui nous nourrissent, et en général avec toutes les matières premières. Jouer, gagner, PERDRE, et faire perdre l'humanité entière au casino de la finance. Si on ne débranche pas rapidement le patriarcat parasite, de graves ennuis nous attendent. La nature n'est pas inépuisable, au contraire de l'égoïsme d'homo économicus, modèle Adam Smith.

Il devient urgent de calculer les PIB autrement : je ne suis pas comptable ni statisticienne, je ne peux donc pas fournir la formule du mode de calcul idéal. Je suis évidemment contre un salaire de femme au foyer, l'enfermement dans la sphère domestique est déjà suffisamment une calamité. Ce que je sais en revanche, c'est que le pillage de la nature (extractivisme forcené, atteintes graves aux pollinisateurs, destruction de forêts pour le bois et les terres cultivables, pollution des eaux, avancées des déserts), des animaux et de la biodiversité, en plus de l’extorsion aux femmes des services utiles et indispensables à l'humanité, ne peuvent plus continuer sous peine de disparition de notre espèce irresponsable. Les politiques doivent imaginer une solution, et autre que celle du BNB, le bonheur national brut, cette autre fumisterie destinée à noyer le poisson. S'illes passent par ici -au lieu de me solliciter via la DM de mon compte Twitter- pour cause de campagne électorale, voilà un sujet sur lequel travailler. Il est indispensable de retirer des PIB (et pas d'ajouter) les dommages causés à l'environnement, la déplétion des ressources, et de faire payer LE JUSTE prix des choses, de la viande et du poisson par exemple, en y incluant tous les coûts et d'arrêter de subventionner ces activités délétères. Et d'y tenir en compte les fonctions infrastructurelles de coopération et de sollicitude, sans lesquelles il n'y a pas d'aventure humaine.

Who cooked Adams Smith's dinner ? Elle s'appelait Margaret Douglas.

Margaret Douglas - 84 ans - Oeuvre de Conrad Metz - 1778

De fait, Adam Smith est resté célibataire toute sa vie. C'est sa mère, puis ensuite sa cousine, qui ont tenu le foyer du père de l'économie, assurant son bien-être et ses besoins quotidiens. Margaret Douglas nait en 1694 dans une noble famille écossaise et elle épouse à 26 ans Adam Smith senior, plus âgé qu'elle de 15 ans. Son mari meurt deux ans plus tard, 6 mois après la naissance de son fils, Adam Smith junior, notre distingué économiste. Margaret Douglas ne se remariera jamais. Elle consacre sa vie à son fils, le suivant dans ses différents postes et affectations. Elle est totalement dépendante économiquement, puisque c'est le fils qui hérite de la fortune de son père. Après la mort de sa mère, le foyer d'Adam Smith est pris en charge par sa cousine Janet Douglas, dont on sait encore moins de choses que sur Margaret. Quand Janet meurt en 1788, Adam Smith écrit à un ami : "Depuis qu'elle n'est plus là, je suis l'un des hommes les plus destitués et désarmés d'Ecosse."

Comme on comprend ce pauvre garçon ! Plus de cuisinière, ménagère, intendante, secrétaire : la catastrophe. Pourtant en contraste, les femmes sont totalement absentes de la pensée économique d'Adam Smith ! Fourmis ouvrières invisibles œuvrant à rendre le quotidien supportable, confortable, comme ceux de la nature, leurs services sont considérés comme un dû dans lesquels puiser sans contrepartie : ils sont "naturels". " Derrière la main invisible du marché, il y a surtout un sexe invisible ". Si Margaret, puis ensuite Janet Douglas avaient abandonné Adam Smith en choisissant de vivre leur vie d'êtres libres, sans doute que la pensée du grand homme, soit n'aurait pas émergé, soit aurait été d'une autre nature. Il est temps d'arrêter de leur servir la soupe. Nous contribuons à notre propre effacement. Les hommes sont des trous noirs, ces objets célestes qui absorbent la chaleur, la lumière, l'énergie des femmes, sans rien restituer. Le trous noirs ont été nommés d'après les travaux d'Einstein, physicien, ami et contemporain des mathématiciens Kurt Gödel et de John Von Neumann.

*Ne pas confondre travail et emploi : on peut parfaitement travailler sans avoir d'emploi et sans toucher un salaire. Qui pense que les bénévoles ne travaillent pas ? Hormis certaines associations, je veux dire ?
** Quand les hommes enfantent, ils engendrent des monstres. Marylin French

Les citations en gras et rouge sont tirées du livre de Katrine Marçal, traduites ou non. 

jeudi 2 février 2017

Noms de métiers : double standard - Fillongate

Au nom de l'universalisme, porté par le masculin en français qui n'a pas, comme l'anglais de neutre, les noms de métiers et professions, à l'origine masculins puisqu'il n'y a que les hommes "qui travaillent", les femmes se contentant de "rester à la maison" où les corvées qu'elle accomplissent, extorquées dans le mariage, comptent pour des cacahuètes dans les PIB masculins marchands, les noms de métiers et professions donc sont tous déclinés au masculin : pompière, policière, avocate, bâtonnière à fortiori, écrivaine..., sont considérés comme non légitimes par celles même qui exercent ces métiers. Sur ce sujet, allez voir le Tumblr militant d'Adelphité* du langage qui s'est donné pour mission de relever ce qui est bien dit et mâle dit, mâle exprimé, dans les journaux, productions culturelles, et ailleurs.
* Adelphe : épicène grec, frère, sœur, né de même parents.

J'ai souvent entendu des féministes beauvoiriennes (ceci écrit sans irrévérence) pour qui une femme se doit d'être un homme comme les autres, tordre le nez devant un métier dit au féminin, comme si on avait proféré une obscénité : menuisière, ingénieurE, peuh, n'y pensez même pas, "c'est d'un ridicule" ! Toutes les écoles à dominante mâles (ingénieurs notamment) qui font mine de faire des appels du pied aux femmes se lamentent : "elles ne viennent pas, on n'y peut RIEN", refrain habituel, et articles lénifiants, il y en a dans tous les coins sur les réseaux sociaux où la misogynie serait de plus en plus mal portée. Mais ça s'arrête là : si les femmes veulent venir, qu'elles acceptent les contraintes du vocabulaire, porter le nom du métier au masculin garant de leur légitimité au sein de la confrérie, et... des vêtements qui grattent et ne sont pas faits pour leur morphologie ni leurs besoins spécifiques, je pense entre autres, aux femmes CRS et aux policières et à leurs gilets pare-balles !

Le/la sage-femme

Mais que l'on veuille attirer des gars dans les professions dites "de femmes", infirmières par exemple, traditionnellement formées dans des Écoles d'infirmières, s'applique immédiatement le double standard : on masculinise vite fait, bien fait, plus personne n'a d'états d'âme ! Ainsi les écoles d'infirmières sont-elles devenues des "instituts de formation en soins infirmiers" comme lettre à la poste. Il est inconcevable de nommer un infirmier "infirmière" au motif que ce sont les femmes qui ont inauguré la profession, alors que c'est l'inverse chez eux ! Le comble du ridicule -et de l'inexactitude- est atteint avec la profession de sage-femme : en 1984, l'Europe, toujours en pointe pour voler au secours des mâles discriminés, a imposé l'entrée d'hommes dans cette profession historiquement féminine ; s'est aussitôt posé LA question de comment les appeler, "femme" étant caca beurk pour un mec, certainement ? Sexisme doublé d'ignorance crasse : dans le nom composé sage-femme, femme réfère à la parturiente, pas à la personne qui exerce le métier : la/le sage qui assiste la femme parturiente. Du coup, on a eu des propositions ridicules comme "maïeuticien *" en référence à Socrate dont la pauvre mère effacée de l'HIStoire était sage-femme, ce qui a bien aidé son génie de fils à mettre au point -j'allais dire à accoucher de- ses théories philosophiques ! Bizarre, vous avez déjà vu une école d'ingénieurs qui aurait féminisé son intitulé pour mieux accueillir les femmes, vous ?
* J'ai entendu dans un coin de lucarne que la première année de médecine est désormais commune aux futurs médecins, pharmaciens, dentistes, "maïeuticiens" SIC, le présentateur s'est fait préciser : il n'avait pas compris que c'était sage-femme. C'est donc entériné. Les hommes arrivent, les femmes sont effacées de l'HIStoire.  

FillonGate et cafouillages freudiens

L’affaire du penelope gate du nom de la femme de François Fillon qui aurait occupé un emploi fictif d’assistante parlementaire au service de son mari en touchant 500 000 euros pendant 4 ans (puis 900 000 pour la famille entière sur une plus longue période selon le dernier développement), en dit long sur la psyché française, et sur sa mauvaise foi, à propos du travail des femmes, généralement extorqué dans le mariage : travail RÉEL mais NON REMUNERE, et sur les éternels gaps toujours irréductibles et béants, de salaires entre femmes et hommes quand il s'agit de travail marchand posté, modèle masculin !
Festival de grosses boulettes : du député François de Rugy soucieux de transparence qui publie les bulletins de salaire de deux de ses assistants parlementaires, dévoilant involontairement le différentiel de salaire entre son assistANT et son assistANTE dû à l’assignation des tâches, et donc des salaires, en fonction de leur sexe/genre -en gros le profil assistANTE convient mieux pour commander les billets d’avion et elle travaille plus d’heures, c’est affligeant-, et du président du sénat Gérard Larcher qui se banane lui-même dans un communiqué où il tente d’affirmer que la profession d’assistant parlementaire est la seule où les femmes sont plus payées que les hommes, en omettant de préciser que c’est dû à la prime d’ancienneté -accessoire de salaire et pas salaire de base- les femmes y restant stagner plus longtemps que les mecs, qui tentent d'autres aventures de grands fauves politiques on suppose ? Le factchecking était assuré par France Info Radio. Last but not least, François Fillon lui-même qui, il y a une semaine, condamnait le sexisme de la presse à propos de son épouse, est pris en flagrant délit de discrimination dans la "PME familiale" : sa salariée de fille touchait 27 % de moins que son fils à qualification égale selon le Canard Enchaîné. Espérons que Madame Fillon, épouse effacée et muette de son député puis ministre de mari, réputée bosser pour la peau dans son mariage avec François, était au courant du présumé salaire qu’elle a perçu pour travail parlementaire « fictif ». Au point où on est…

Petit bonus video, tranche de vie saignante :